Une courte synthèse du livre de Joseph Stiglitz, « Le prix des inégalités ».

« La vague montante des inégalités menace le fonctionnement de l’économie américaine, détricote le lien social et pervertit le fonctionnement de la démocratie ».

Les arguments qui justifiaient jusque-là les inégalités ne tiennent plus. « On avait coutume de dire que si les riches s’enrichissaient cela ruissellerait sur l’ensemble de l’économie et bénéficierait à tous. C’est faux ! ». De plus, « la richesse d’une personne ne dépend plus de sa contribution à la société mais de sa capacité à s’accaparer les revenus des autres ». Ce que l’économiste nomme « la recherche de la rente », qui pousse les banquiers à gagner de l’argent sur le dos des pauvres en leur fournissant des crédits prédateurs ou les entreprises monopolistiques à faire fortune au détriment des consommateurs.

« Cette poussée des inégalités coûte cher ! », avertit Joseph Stiglitz. « Elle mine la société, la politique et l’économie ». Trop d’inégalités se traduisent par moins de productivité, moins d’efficacité, moins de croissance et plus d’instabilité. A titre d’exemple : « Réduire l’égalité des chances, c’est décider de ne pas utiliser un de nos actifs les plus précieux – notre population – de la façon la plus productive possible ». Faute de recevoir une éducation de qualité, les jeunes nés dans une famille pauvre ne pourront pas développer tout leur potentiel. De même, dans un système où la finance est devenue le secteur le plus lucratif, les étudiants les plus brillants choisissent de faire carrière dans la banque au lieu d’opter pour la médecine, la recherche ou les services publics, privant des secteurs indispensables à la croissance de l’économie, des meilleurs talents.

Au niveau macroéconomique, Joseph Stiglitz démontre comment déplacer de l’argent du bas vers le haut de la pyramide sociale entraîne – les riches épargnant davantage quand ils accroissent leur part du gâteau – un affaiblissement de la demande globale et donc un réajustement de l’offre et avec elle plus de chômage…

Sur le plan politique, l’économiste ne mâche pas ses mots. Le creusement des inégalités n’est pas le simple résultat des forces du marché, mais le fruit de choix politiques. « Dans une économie moderne, l’État établit et fait respecter les règles du jeu. Il donne aussi les ressources. Et par le biais des impôts et des dépenses sociales, corrige la répartition du revenu qui émerge du marché. » Or, depuis trente ans, l’État a régulièrement agi au profit des plus aisés : en faisant voter des lois qui leur sont favorables, en consentant de gros cadeaux aux grandes entreprises et en révisant systématiquement l’imposition des plus riches à la baisse. La raison d’un tel favoritisme ? Les 1% ont accaparé les rouages de la machine politique. « Ce sont eux qui fixent les règles du jeu politique qu’ils mettent au service de leurs intérêts ».

http://www.lavie.fr/actualite/economie/le-nobel-d-economie-joseph-stiglitz-denonce-le-prix-de-l-inegalite-18-09-2012-30947_6.php

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