Pour l’économiste américain Erik Brynjolfsson, l’essor des technologies de l’information annonce la prochaine révolution industrielle non plus mécanique, mais cognitive.

 

Le « Deuxième âge de la machine », est un clin d’œil à cette époque où la machine, remplaçant les muscles des chevaux et des hommes, a permis la mécanisation du travail physique… et un formidable décollage de l’humanité, dont le niveau et la qualité de vie étaient restés jusque-là relativement inchangés. Aujourd’hui, la puissance de calcul des ordinateurs couplée à la démultiplication des réseaux est en train de produire un phénomène similaire, à une échelle encore inédite : la mécanisation du travail cognitif. Ce qui laisse augurer une nouvelle ère de prospérité. On en voit les balbutiements avec l’apparition de technologies qui, il y a cinq ans encore, relevaient de la science-fiction : voiture sans conducteur, commande vocale de smartphones, télédiagnostic médical, autoremplissage de documents, automates qui répondent aux questions au téléphone ou en ligne, logiciels capables de rédiger des articles simples de résultats sportifs ou boursiers, ou de battre nos meilleurs étudiants au jeu « Jeopardy ».

Le Prix Nobel d’économie Robert Solow disait en 1987 : « Je vois l’avènement des ordinateurs partout sauf dans les chiffres de la productivité. » Pourquoi a-t-il fallu attendre trente ans pour que s’ouvre cette nouvelle ère ?

Jusqu’ici, la diffusion des technologies de l’information a été une révolution à bas bruit qui affectait nos vies à la marge et qui, en effet, dans le business, ne se traduisait guère en gains de productivité. Mais aux Etats-Unis, ceux-ci ont recommencé à croître depuis les années 90. Comme l’ont montré nos travaux, il faut cinq à sept ans en moyenne aux entreprises pour digérer la technologie et adapter leur organisation et leur process pour en tirer profit.[…]

Que vont laisser aux humains des machines ultrapuissantes ?

Les machines excellent actuellement aux tâches routinières, qu’elles soient physiques ou mentales. Mais je ne sais pas de quoi elles seront capables demain – il y a dix ans, je ne les imaginais pas conduire une voiture ! En attendant, il y a au moins trois domaines dans lesquels les humains ont encore l’avantage. La créativité et l’esprit d’entreprise, d’abord. Ces deux qualités vont devenir d’autant plus précieuses que la digitalisation en amplifiera les retombées. Les relations interpersonnelles, ensuite : vendre, éduquer, motiver, soigner… tout cela requiert des capacités empathiques qui font encore largement défaut aux machines. La dextérité, enfin. Les robots sont très maladroits : coiffeurs, jardiniers, plombiers ont encore de beaux jours devant eux.

Né en 1962, Erik Brynjolfsson est professeur de management à la business school du MIT. Spécialiste de l’effet des technologies sur l’emploi et la productivité, il dirige le Center for Digital Business de l’université et est chercheur associé au National Bureau of Economic Research. Il est coauteur en 2011 de Race against The Machine (livre électronique) et vient de publier avec Andrew McAfee, The Second Machine Age (W.W. Norton & Company).

http://www.lesechos.fr/30/05/2014/lesechos.fr/0203345192923_erik-brynjolfsson——les-machines-digitales-ouvrent-une-nouvelle-ere-de-prosperite–.htm#t0eku0idu1Vz3E2F.99

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